Accroché à un tronc, un mur ou autre support, peut-être apercevrez vous ce très beau papillon de nuit. Au repos, on ne sait pas où est la tête qui disparait dans une masse de poils longs qui donnent à l'insecte un petit air de mammifère.
Ce papillon gris clair, presque blanc, aux ailes ornées de lignes foncées et au thorax ponctué de noir est connu sous le nom de grande queue fourchue, cerula vinula pour son nom scientifique. Le nom vernaculaire peut sembler saugrenu quand on regarde l'imago. L'animal ne possède pas de queue, encore moins fourchue.
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C'est en fait du côté des chenilles qu'il faut regarder pour comprendre. Dès la sortie de l’œuf, la petite larve de quelques millimètres possède déjà deux appendices caudaux à l'extrémité rétractile qui lui vaut sa dénomination.
Dès la sortie de l’œuf, la chenille inquiétée va utiliser le seul moyen de dissuasion dont elle dispose pour éloigner un éventuel prédateur. Elle fait ressortir l'extrémité rouge de ces appendices et les exhibe en signe de menace.
Les chenilles qui sortent de l’œuf mesurent quelques millimètres. Elles subiront quatre mues avant la mue nymphale. D'abord entièrement noires, elle deviendront vertes en partie dès le troisième stade de leur développement. Le haut du dos est sombre et sépare les flancs en deux parties qui casse la silhouette de la larve, mimant le dessin de deux feuilles recourbées. Une astuce ou plus sûrement un don du hasard génétique qui lui permet de passer inaperçue aux yeux des prédateurs.
A chaque mue, la chenille mange son exuvie. Elle récupère ainsi des éléments nutritifs nécessaires à sa croissance.
Mais le plus extraordinaire est à venir chez cette espèce peu banale. Au dernier stade de son développement, la chenille garde sa couleur et ajoute un masque rouge autour de sa tête qui a pour effet de simuler un animal plus gros. Elle passe ainsi du mode furtif à l'intimidation. Il faut reconnaitre qu'à notre échelle le vue d'un tel animal aurait de quoi nous surprendre !
Certains observateurs notent la projection d'un liquide acide en direction d'un éventuel prédateur. Je n'ai personnellement pas observé ce comportement chez les quelques chenilles que j'ai élevées pour réaliser ce petit reportage en photos. Même lorsque je les ai un peu chatouillées pour noter leur réaction.
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Peu à peu, la chenille perd ses belles couleur et devient grise. Ce changement indique qu'elle est prête à se nymphoser et qu'elle est capable de produire la soie nécessaire à la construction de son cocon. Plutôt apathique durant son développement, la voilà qui parcourt en tous sens le milieu à la recherche de l'endroit idéal pour se métamorphoser.
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Patiemment elle confectionne un abri fait d'un tissu de soie lâche qui petit à petit se densifie avant de se durcir. Une fois terminé, le cocon est d'une solidité à toute épreuve. Un véritable coffre fort qu'il est difficile de forcer.
En construisant son cocon, elle a intégré des cailloux et des débris prélevés dans le milieu où elle s'est installée. Si bien, que lorsque le cocon est achevé, il faut être bien malin pour le repérer, tant le camouflage est parfait. A l'intérieur, la chenille "vidée" de sa soie retrouve un peu de sa couleur verte.
Mais dans les jours qui suivent, la larve prend petit à petit un aspect curieux. On pourrait croire qu'elle est malade tant sa peau se décolore, devient jaunâtre et fripée. En fait, la cuticule se sépare progressivement de la nymphe qui se forme à l'intérieur. Une dernière mue verra cette nymphe s'extraire de son enveloppe qui restera dans le cocon.
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D'abord molle, la chrysalide de couleur claire se solidifie et devient brune. A l'intérieur de ce curieux sarcophage, tous les tissus vont être digérés par des enzymes et il ne restera que des amas cellulaires appelés disques imaginaux, à partir desquels l'imago se reconstruira entièrement.
L'année suivante, la chenille s'est transformée en imago (insecte adulte) à l'intérieur du cocon. Avant d'émerger, l'imago sécrètera un liquide enzymatique qui fragilise un endroit de la coque solide pour sortir de ce véritable coffre-fort qu'est son cocon. Ce faisant, il laisse tout de même systématiquement quelques poils accrochés à l'ouverture !
Tête rentrée, il est difficile de dire si un individu est un mâle ou une femelle. La taille et la couleur sont à peu près les mêmes pour les deux sexes. Le critère le plus pertinent est la forme des antennes: celles du mâle sont sont fortement pectinées. Ces organes sont de puissants récepteurs aux phéromones émises par les femelles.
Bien que possédant une trompe, les adultes ne se nourrissent pas ou peu. Ils ne butinent pas, comme le font les Noctuidae ou les Sphingidae. Ils vivent sur les réserves accumulées durant les stades larvaires.
Comme beaucoup de papillons de nuit, l'imago ne survivra que quelques jours à quelques semaines, le temps pour les femelles de se reproduire et de déposer les œufs fécondés sur une plante hôte favorable à la survie des chenilles à naitre : saules , peupliers, bouleaux , Frênes*.
Repères
Envergure moyenne: 60-70 mm
Dimorphisme sexuel:
le mâle porte des antennes pectinées, la femelle des antennes atrophiées.
Plantes hôtes
typiques des milieux humides où l’espèce est le plus souvent observée: Saules (Salix sp.), Peupliers (Populus sp.), Bouleaux (Betula sp.), Frênes (Fraxinus sp.)*
Les imagos volent d'avril à août.
La chrysalide est la forme d'hivernage.
Carte de répartition d'après oreina.org
* Pour l'élevage il semble que le frêne ne convienne pas. Les chenilles ne se nourrissent pas. Les feuilles de peupliers sont par contre très appréciées.
Espèces proches
Sauf mention contraire, crédit photos et montages "phodessins" : © Loxiafilms / Philippe Parolini 2026
En savoir plus
Références web
La grande queue fourchue (Cerura vinula)étant très proche et confondable avec l'hermine (Cerura erminea) quelques pistes sur le site d'André Lequet
Références bibliographiques
« Les papillons et leurs biotopes » – Pro Natura, vol 3, p. 419
« Guide des papillons nocturnes de France » – Delachaux et Niestlé, coordonné par R. Robineau