Dans ce troisième volet consacré aux araignées, voici quelques espèces observables dans les jardins et les vergers. Toutes les espèces citées dans cet article ont été photographiées dans mon jardin... sauvage, cela va sans dire.
Les orbitèles
Les orbitèles construisent des toiles circulaires. La plus courante et la plus connue est l'épeire diadème, aranéide facilement reconnaissable à la croix blanche qui orne le haut de son abdomen et lui vaut son nom. Au centre de son piège, elle attend patiemment qu'un insecte étourdi vienne se prendre dans ses filets.
Quand elle est inquiétée, elle se cache sous une feuille, et continue son affût, dissimulée au regard d'un prédateur éventuel. Elle est reliée à sa toile par un fil "téléphonique" qui lui transmet la moindre vibration indiquant qu'une proie s'est prise dans ses filets. Une manière de faire sortir l'animal méfiant de son antre est de faire vibrer la toile avec un diapason. Mais en général cela ne marche qu'une fois ou deux. L'araignée est capable de reconnaitre rapidement les fréquences non signifiantes.
L'argiope (Argiope bruennichi) est une superbe araignée dont la toile est reconnaissable à la présence d'un stabilimentum, ruban de soie dont la fonction n'est pas clairement définie.
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Les thomises ou araignées crabes
Les thomises ne tissent pas de toile. Elle chassent à l'affût dans les sommités florales des plantes basses. Parfaitement immobiles, elles attendent les insectes pollinisateurs: abeilles, diptères variés. Elles sont aidées par leur couleur qui leur permet de se fondre dans le milieu.
Ci-dessous, deux espèces de thomises remarquables. La première doit son nom vernaculaire au dessin qui orne son dos: la silhouette de l' Empereur sur fond jaune !
La seconde, Misumena vatia, change de veston selon la couleur de son support: blanche sur les fleurs blanches elle devient jaune sur les fleurs jaunes. Cette championne du camouflage passe complétement inaperçue quand elle est immobile. Un article précédent lui a déjà été consacré sur ce site: Misumena vatia
L'attaque de ces araignées est surprenante de rapidité et d'efficacité. La proie n'a pas le temps de fuir ni même de réagir. Elle est foudroyée par le poison. D'aussi redoutables porteurs d'aiguillon que les guêpes n'échappent pas à ces redoutables chasseresses.
Les toiles en nappe
Parmi les araignées qui tissent une toile en nappe, en voici une qui est dotée d'un nom original: , la Mangore petite-bouteille (Mangora acalypha). Elle doit cette dénomination au curieux dessin qui orne son abdomen et ressemble à une bouteille.
Les lyniphiidés tisse une nappe horizontale surmontée d'un enchevêtrement de fils qui amène les proies à tomber sur la nappe où les attend l'araignée.
Ne serait-ce que pour ses mœurs reproductive, l'agélène (agelena labyrinthicus) ne pouvait être omise. Je n'observe plus cette espèce au jardin alors qu'elle était très commune au début de ce siècle. Je ne l'ai pas beaucoup cherchée non plus, du coup je n'ai que ces mauvaises photos tirées d'une vidéo en SD (ci-dessous) à proposer.
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Au moment de la reproduction c'est le mâle qui prend l'initiative. Quand il a trouvé le repaire d'une femelle, il va la chercher au fond de son tube de soie et l’amène à l'extérieur sur la toile pour s'accoupler. Durant toute cette manœuvre il n'y a aucune réaction agressive de la part de sa partenaire qui se laisse manipuler sana bouger.
Araignées remarquables
Parmi les plus étranges créatures rencontrées dans le jardin il y a cette araignée très remarquable qu'est Atypus affinis. Cet aranéide appartient au groupe des mygales dont il est le seul représentant en France. Inutile de paniquer, sa taille est plutôt réduite: 7 à 9 mm pour les mâles, 10 à 15 mm pour les femelles Par ailleurs, la voir est chose rare car elle passe une grande partie du temps dans son terrier tapissé de soie. A l'affût, elle attend le passage d'une proie potentielle pour la capturer.
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Parmi les plus jolies, l'épeire concombre ((Araniella cucurbitina) qui change de couleur avec l'âge. En automne, les jeunes sont rouges. Au printemps, devenus adultes, ils se parent de vert tendre plus aptes à se confondre avec la végétation.
La pisaure admirable (Pisaura mirabilis) connue pour ses soins apportés aux jeunes (voir article du 09/07/2016) aime s'installer dans les hautes herbes. Pour avoir une petite chance de l'observer , il faudra laisser une petite partie de son jardin en friche.
La mère méritante se tient toujours à proximité de la nursery, toile en dôme dans lequel elle protège ses jeunes jusqu'à leur deuxième mue. Si elle est absente... c'est qu'elle s'est fait dévorer par un prédateur plus gros qu'elle. Un oiseau, par exemple.
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En ouvrant l’œil, vous pouvez découvrir de nombreuses autres espèces. Il suffit de se pencher un peu. Les déterminer ne sera pas toujours facile. Bonne chasse !
En savoir plus
Les araignées sur wikipedia
La salamandre "10 des araignées les plus communes en France"
Muséum National d'Histoire Naturelle: "Qu'est-ce qu'une araignée?"
Bibliographie:
A retrouver d'occasion:
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"Vie et mœurs des araignées" de Maurice Thomas Un peu dépassé, car ancien (1953), avec exposition de conceptions datées sur l'instinct et l'évolution difficilement soutenables aujourd'hui. Reste un ouvrage documenté et bien écrit sur les mœurs des araignées.
"Les araignées" de Michel Hubert Éditions Boubée
Ouvrages récents
"Dans la tête d'une araignée" de
Fascinantes araignées" Christine Rollard et Philippe Blanchot Éditions Quae
Prochain article: Les araignées (4) Les ennemis